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Penser le présent

comme un passé pour demain
Colloque de l’ISHS-Brest
15-16 décembre 2010

Le programme est affiché ci-dessous, ou en téléchargement.

Ce colloque est organisé avec le concours du Conseil régional de Bretagne, du Conseil général du Finistère, de la Ville de Brest, de l’Université de Bretagne occidentale, de la faculté des Lettres et Sciences humaines Victor-Segalen.

Thème du colloque

Misant sur une rationalisation qu’Edgar Morin a qualifiée de maladie de la raison, les Trente glorieuses, enivrées par la notion de progrès, auraient imprudemment déterminé leur présent en fonction d’un futur complaisamment fantasmé. Nous en serions aujourd’hui les victimes. À en croire ses contempteurs, cette attitude aurait eu pour vice rédhibitoire de refuser tout rôle positif au passé réduit à l’état de boulet encombrant et de traces regrettablement laissées par l’ignorance et l’incompétence. En conséquence, on aurait jugé bon de s’en défaire, à quelques exceptions toutefois requises par la science, lorsqu’elle souhaitait conserver des souches, par la pauvre nostalgie, qu’il fallait contenir au plus juste, et par les loisirs éducatifs qu’appelait la bienséance : secteurs sauvegardés, parcs naturels, ethno‐musées auraient alors été considérés comme nécessaires et suffisants. Dans cette course en permanent déséquilibre, le présent lui‐même devait s’effacer aussitôt advenu pour ne pas connaître à son tour le discrédit : on valorisa l’éphémère et on théorisa « l’art performance » et les « monstrations ». Pour le reste, selon la formule de Georges Patrix, « notre grand‐père était en nous », ce qui dégageait de tout souci de l’antérieur. Certes, d’autres conceptions affrontaient cette croyance, mais, pas plus que les mises en garde jadis de John Ruskin, plaidant déjà pour la longue durée, les élaborations de l’école des Annales ne paraissaient en mesure de contrarier une mécanique dont la prospérité sans cesse croissante des sociétés occidentales semblait démontrer la pertinence.

Et pourtant, depuis quatre décennies maintenant, une critique acérée de la modernité est venue saper les fondements de ce mouvement qu’on avait cru perpétuel. Sans doute faut‐il y voir une conséquence des crises économiques qui ont ébranlé la confiance, peut‐ être aussi, comme le craint Zeev Sternhell, le fruit des efforts permanents – et pernicieux à ses yeux – des héritiers des Anti‐Lumières. Mais il n’est pas douteux que bien d’autres facteurs ont opéré : le retour du refoulé engendré par le sentiment d’avoir payé l’entrée dans « la société d’abondance » d’un reniement – honte de la parentèle, abandon des langues ancestrales –; le surgissement de la question environnementale comprise comme la juste sanction d’un comportement d’apprenti sorcier; la perspective ouverte par la biologie d’un eugénisme inédit et singulièrement effrayant ; etc. Simultanément s’est installée l’idée, négligée jusque‐là, d’une irréversibilité du temps rendant vain de se réfugier dans les politiques réactionnaires qui avaient pu naguère faire illusion. Concevoir le présent comme un passé pour demain s’est alors imposé, non plus sous l’angle d’une fatalité, mais comme un projet, dans une logique de responsabilisation énoncée par Hans Jonas dès 1979.

François Hartog évoque une « historicisation immédiate du présent » et subodore l’avènement d’un temps plat résultant des attractions équivalentes et opposées que le passé et le futur exerceraient désormais. Certes, le présent a échappé à l’évanescence que la fascination du futur avait pu engendrer et il a renoué avec un passé que nous célébrons à l’envi, qu’une profusion législative et règlementaire prétend même garantir (zones de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager). Nous en préservons soigneusement les actifs quand nous ne les reconstituons pas, y compris dans l’imaginaire (New urbanism), en y trouvant à l’occasion matière à profit (villes labellisées « d’art et d’histoire »). Mais cela donne‐t‐il plus d’assurance pour aborder un avenir qui semble n’avoir plus que des prophètes de malheur ? Ne nous payerions‐nous pas d’illusion en pensant que la prise en compte de l’antérieur, commandée par l’obsession des excès dommageables de la période qui en fut oublieuse, a valeur de leçon et nous permet de fabriquer un présent qui, le moment venu, à son tour, sera un passé instructif et le socle d’un nouveau présent pertinent ?

Peut‐on vraiment croire en une nouvelle ère de progrès, qui ne miserait plus, comme la précédente, sur la capacité des sciences et des techniques à dominer, par leurs propres ressources, les dysfonctionnements que leur application engendrerait ? Une ère où, au contraire, on s’évertuerait à anticiper et éviter de tels effets indésirables par le recours à de multiples « hautes autorités » et à des comités d’éthique constitutifs d’une nouvelle gouvernance ? Ce qui pourrait d’ailleurs conduire à reconsidérer certains principes de la démocratie représentative. Loin d’y voir un inconvénient, beaucoup y décèlent la promesse d’un nouveau « vivre ensemble », conséquence – pour ne pas dire récompense – d’une judicieuse mise en application du principe de précaution vanté comme la marque d’une maturité. Mais d’autres le dénoncent comme la douteuse extension à la sphère publique de comportements cantonnés naguère dans le registre personnel ou le domaine privé. Pour ceux qui le tiennent en suspicion, il s’apparenterait à un narcissisme guidé par le souci de passer à la postérité sans encombres ou à l’ancestrale obsession pour l’héritage, qui permet de perpétuer les inégalités. Devant le report de la jouissance auquel il encourage, l’économiste parlera d’ailleurs de valeur d’option, sans renoncer à donner un prix à la détention présente de la ressource ou du bien ainsi préservé.

Programme du colloque

Mercredi 15 décembre

Jeudi 16 décembre

Front. Fête des Lumières à Lyon, 2009 : « Jouons avec les temps ». Source : lyonmag.com

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