Collection Préprint de l'ISHS-UBO
Transmission 1 | 2013

Troisième partie : formes et manières de transmissions collectives

François Le Tollec

De la tradition orale à la préservation de l’expression
Transmission ou interprétation d’un langage

Résumé

La tradition orale, par définition transmise uniquement par voie orale, a traversé les générations grâce aux multiples anthologies créées suite à la collecte et à la retranscription de ce genre narratif. Certes, bien plus qu’une simple transmission, il s’agit de figer dans le temps le lexique employé, la construction des récits de même que l’expression, paramètres qui peuvent ainsi être définis comme étant les marqueurs représentatifs d’un vécu humain, ne laissant ainsi guère de possibilités d’évolution. Nous ne pouvons toutefois que craindre la perte d’un registre oral qui du fait d’être retranscrit et traduit lorsque nécessaire, efface progressivement l’origine d’un corpus issu d’un passé révolu.

Texte intégral

Introduction

1La tradition orale et populaire, synonyme de patrimoine culturel et linguistique, témoin des superstitions, croyances ou tout simplement des faits naturels existant dans un pays, une région ou encore un village, a été transmise de génération en génération afin que nous puissions la découvrir à notre tour. Ce savoir, tel que le connaissaient nos grands-parents, n’est que peu ou prou en relation avec la société dans laquelle nous évoluons à présent. Devons-nous la transmettre ainsi à notre tour, aux générations futures ou l’adapter, en tenant compte des évolutions de la société, étant donné que l’utiliser telle que nous la retrouvons dans les ouvrages de ceux qui l’ont retranscrite par le passé, ne serait plus vraiment en relation avec le monde actuel ? Nous devons également prendre en considération le fait que de nombreux contes étaient destinés aux adultes. Bien entendu, dans ce cas-là, il est également important de les adapter à un public plus jeune. Quelle que soit la façon dont nous la transmettons, elle peut faire partie intégrante de l’enseignement scolaire et devenir ainsi un outil pédagogique essentiel.

2La tradition est le reflet de la société, elle est par conséquent synonyme également des rapports sociaux entre les individus. Ainsi, elle est victime du développement des nouveaux moyens de télécommunications tels que la télévision et les autres moyens de communication moderne. Ces derniers ont en quelque sorte remplacé le conteur, et de ce fait provoqué de grands changements dans la progression et la transmission du savoir traditionnel. De même, la modernisation via l’industrialisation a engendré une certaine « homogénéisation » du monde : nous recevons tous les mêmes influences, et ainsi l’isolement culturel se fait de plus en plus difficile. Néanmoins, face à cette « globalisation », chaque personne, essaie de conserver ses propres traditions comme preuve de son identité culturelle. Toutefois, cette tradition est-elle préservée et transmise à l’identique quel que soit le contexte dans et à travers lequel elle évolue au vu des nombreux paramètres représentatifs qui peuvent être recensés, le plus révélateur étant bien entendu la langue de transmission.

Tradition orale : La tradition orale représente la tradition du peuple

« et s’oppose d’une certaine façon à la culture officielle, comme caractéristique du combat qui se livre depuis des siècles entre deux formes de civilisation 1 ».

3Une tradition est en quelque sorte atemporelle 2. Une tradition est vouée au changement lorsque son environnement est lui-même modifié. La tradition orale, comme son nom l’indique, est avant tout une « tradition 3 » dans le sens où nous l’entendons, – une tradition est un fait remontant du passé, conservée en partie ou dans son intégralité –. Ce passé représentant bien entendu celui du genre humain. Il est la preuve de l’identité d’un peuple, il démontre les savoirs, les habitudes, l’art de vivre, et démontre à travers toutes les représentations traditionnelles ou autres, ce qui doit être préservé. La tradition orale est ainsi en relation avec les aspects du pays, de la région à laquelle elle correspond, qu’elle soit en relation avec le peuple, la langue utilisée par ce dernier, les coutumes, les croyances, les activités, et bien d’autres aspects, lesquels appartiennent à notre environnement. L’expression de « tradition orale » impliquerait que celle-ci ait été transmise de génération en génération seulement par voie orale4. Nous pouvons cependant difficilement imaginer que la tradition orale – les récits, les doctrines, les croyances, appartenant au répertoire des contes – ait été uniquement transmise par voie orale. De plus, il est ardu de trouver de nos jours des conteurs acceptant de narrer les traditions d’antan. Ainsi, la voie orale n’est pas seulement l’unique moyen de transmission. Il existe par conséquent une tradition, auparavant orale, et qui est actuellement écrite. De nombreuses anthologies nous permettent de retrouver « l’authentique ». Sans elles, ces traditions auraient été vouées sans aucun doute à une totale disparition. Le souci est cependant de recréer à l’écrit, à l’identique, les versions orales et d’en faire ressortir toutes les caractéristiques lexicales, linguistiques, propres à l’environnement et à l’époque à laquelle elles correspondent. En effet, les termes utilisés autrefois pour nommer certains aspects de la vie courante ne sont plus les mêmes de nos jours.

Conte de tradition orale

4Le conte de tradition orale quant à lui est un art collectif créé par le peuple et pour le peuple. Il puise son origine dans l’imagination des conteurs. Ces derniers sont les seuls détenteurs d’un patrimoine dont le caractère oral en fait l’originalité. Bien que parfois qualifié de fantastique, il est en rapport avec les expériences vécues que les conteurs savent transformer au gré de leurs paroles. S’il est moins précis que la légende, il n’en semble pas moins réel, à tel point que les auditeurs en sont effrayés lors des veillées nocturnes lorsque cet art narratif est transmis. La tradition orale représente en effet l’œuvre de ceux qui manient la langue avec habileté, afin de permettre aux auditeurs avertis d’entamer un voyage vers un monde plus ou moins fantastique et imaginaire, bien que toutefois presque toujours en rapport plus ou moins direct avec leur proche environnement.

« La littérature orale comprend ce qui pour le peuple qui ne lit pas remplace les productions littéraires. Ainsi que son nom l’indique clairement, elle se manifeste par la parole ou par le chant 5 ».

5Il semblerait qu’autrefois, il existait deux types de contes, ceux ayant une fonction éducative et ceux ayant pour objectif premier la distraction. Ces derniers étaient narrés lors de veillées, de festivités et de mariages et permettaient de créer une atmosphère féerique et joyeuse. Le répertoire des contes est accepté par tous et n’appartient à aucune catégorie sociale en particulier. Ceci implique que la tradition populaire et orale représente la culture de tous et non uniquement celle du milieu rural. Il permet ainsi indirectement de créer un lien entre les différentes catégories sociales de différentes générations. Nous pouvons ainsi affirmer que tous ―que nous appartenions ou non à la bourgeoisie urbaine ou rurale–, nous avons reçu d’une certaine façon une culture provenant du milieu rural.

« La transmission orale était le moyen par excellence d’assurer l’apprentissage de la vie professionnelle et sociale, mais aussi d’assurer une solidarité entre les générations 6. »

Evolution du conte de tradition orale

6« Comme toutes les choses qui ne sont pas fixées par l’écriture, les contes subissent des transformations, tout au moins partielles ; le défaut de mémoire du narrateur cause la disparition d’un épisode, parfois de plusieurs ; certains, au contraire, introduisent dans le récit une partie empruntée à un autre conte 7 ».

Transmission orale

7La transmission de la tradition populaire et orale a largement été influencée par les profonds changements qu’a connus la société dans la deuxième partie du XXe siècle. Il est néanmoins difficile de recréer l’ambiance traditionnelle que nous pouvions trouver autrefois dans le milieu rural. En effet, le fait que la tradition orale soit vivante ne signifie pas que celle-ci soit transmise dans les mêmes conditions qu’autrefois. L’endroit le plus propice à la transmission des contes était sans aucun doute, le milieu familial, où vivaient sous un même toit plusieurs générations, fait que nous ne retrouvons pas à notre époque. Les grands-parents avaient ainsi la possibilité de raconter à leurs petits enfants de belles histoires avant que ces derniers ne s’endorment.

8De nos jours, la situation est toute autre, les grands-parents ne vivant plus avec leurs petits enfants ne peuvent plus de ce fait, leur transmettre leur savoir. De même, actuellement, peu sont ceux, pouvant encore donner une version complète d’un conte. Nous pouvons malheureusement affirmer que les versions longues avec beaucoup de détails disparaissent en même temps que les individus ayant le plus de mémoire. De nombreux rituels traditionnels, tels que les veillées ou les réunions entre voisins où était transmis un vaste répertoire de contes, ont en quelque sorte disparu. Il est cependant possible à l’heure actuelle de retrouver ce savoir narratif lors des nombreuses veillées organisées par un conteur qui est désormais un professionnel de la narration, s’adressant à un public de niveau socioculturel hétérogène. Cela n’était pas vrai auparavant lorsque le conteur parlait devant un public de niveau social homogène, étant donné que celui-ci s’adressait à la population d’un même environnement géographique, représenté en général par les habitants vivant au sein d’un même village rural. Le fait que le conteur n’appartienne pas au même milieu familial et socioculturel que celui de l’auditoire, crée en quelque sorte une frontière entre le narrateur et l’auditoire. Ainsi nous pouvons affirmer que le conte a en quelque sorte perdu sa fonction sociale.

« Le conte de tradition orale a presque complètement perdu sa fonction esthétique et sociale qui était de recréer les assemblées de paysans et d’artisans durant les longues veillées d’hiver, d’accompagner certains travaux sédentaires ou monotones, de fournir un instant d’évasion et de rêve aux soldats et aux marins pendant les périodes de désœuvrement ou aux travailleurs durant les heures de repos 8. »

9Auparavant, une personne lisait ou narrait, et les autres écoutaient. Ce qui est intéressant avec une version contée, c’est qu’elle n’est jamais la même. Les détails donnent au conte une apparence différente à chaque narration et rendent l’enfant attentif. De ce fait, ce dernier a l’impression de découvrir à chaque fois une version distincte. De nos jours, la tradition orale est non seulement transmise par voie orale, mais également écrite, enregistrée, télévisée, donnant la possibilité aux enfants de découvrir le monde traditionnel des contes. Cela est positif dans le sens où une bonne partie du matériel traditionnel est conservé, et négatif dans le sens où il n’y a plus de place pour l’imagination et il semble donc plus difficile de changer les détails, voire d’en ajouter. De même, le contact humain qui existait jusqu’alors entre le conteur et l’auditeur a en quelque sorte disparu.

Transmission écrite - Traduction, interprétation et filtre du langage

10La tradition orale par définition, transmise uniquement par voie orale, a traversé les générations grâce à la collecte et à la retranscription à l’écrit de ce genre narratif. Cet art véhiculé par les précédentes générations nous est transmis par l’intermédiaire de multiples anthologies. Certes, bien plus qu’une simple transmission, il s’agit de figer dans le temps le lexique employé, la construction des récits de même que l’expression, paramètres qui peuvent ainsi être définis comme étant les marqueurs représentatifs d’un vécu humain, ne laissant ainsi guère de possibilités d’évolution. Néanmoins, le développement de ce répertoire si riche en savoir et connaissances du passé nous est transmis par certains passionnés, ce qui engendre à terme le développement d’un répertoire plus moderne. Nous ne pouvons toutefois que craindre la perte d’un registre qui du fait d’être réactualisé, efface progressivement l’origine d’un corpus issu d’un passé révolu. A présent, expliciter les différentes spécificités relatives à la transmission semble fondamental afin de mieux appréhender ce corpus riche en savoir traditionnel et contemporain. Ainsi, quel que soit le moyen de transmission, celui-ci contribue à la préservation et continuité de l’expression orale. Toutefois, il semblerait que les collecteurs, bien qu’ayant la même intention, celle de transmettre avec exactitude, n’appliquent pas les mêmes règles. Ceci se vérifie à travers les anthologies recensées en Bretagne et dans la province de Valladolid, en Espagne.

11Contrairement à la province de Valladolid pour laquelle les récits sont collectés en espagnol –langue qui correspond bien entendu au contexte géographique représentatif de cette tradition orale séculaire–, en Bretagne, les contes retranscrits, bien que collectés en breton, l’ont été dans la majorité des cas, traduits en Français. À ce titre, le fait que la traduction soit effectuée par le conteur lui-même ou lors de la retranscription engendre de surcroit des nuances dans la signification de l’expression. Comment en effet interpréter certains faits imaginaires ou éléments existant uniquement dans une culture ancestrale et ayant jusqu’alors été exprimés en breton ? Le concept de transmission, outre le simple fait de permettre la survivance de la tradition, mérite d’être étudié dans son intégralité, du fait des spécificités actionnelles qui peuvent lui être attribuées. La transmission en effet bien qu’ayant une signification terminologique simple, revêt une multiplicité de critères, lesquels ont à terme une importance fondamentale sur la préservation de ce qui est transmis.

12Pour la Province de Valladolid, le choix des collecteurs s’avère être moins difficile, étant donné que les récits se retrouvent classés dans différentes anthologies sous un titre correspondant au genre du récit étudié, le conte. Un autre fait important est que peu de collecteurs ont réalisé un travail de retranscription du conte de tradition orale dans la Province de Valladolid. Notre choix s’est donc porté sur les deux plus illustres collecteurs, à savoir Aurelio M. Espinosa pour les plus anciens récits et surtout Joaquín Díaz pour la période plus contemporaine. Le travail réalisé par Aurelio M. Espinosa (hijo) démontre que la manière de retranscription des récits n’a guère subi de modification et que l’objectif recherché est de retranscrire les récits tels qu’ils ont été collectés et narrés de la bouche des conteurs.

« He procurado reproducir los cuentos exactamente como fueron contados por los narradores. Por lo que se refiere a la morfología, sintaxis y vocabulario, la empresa ha sido fácil, y se reproduce el lenguaje de los narradores, hasta en los detalles más pequeños 9. »

13Joaquín Díaz reprend également cet aspect et souligne l’importance de préserver la parole du narrateur et la structure de l’expression orale :

« Se ha respetado siempre para la transcripción la versión oral tomada en cinta magnetofónica, utilizándose los signos de puntuación de acuerdo a la entonación y pausas de los propios narradores 10. »

14« Estaba la raposa durmiendo en un camino y pasan unos con un carro de fresco, y dicen:

15— Hombre, una raposa; que piel más bonita tiene...

16— Pues échala al carro. »

17(La raposa y los fresqueros)

18« Pues en Fuensaldaña había un cheposo y venía a moler a Puente Perín que estaban las brujas »

19(Las brujas y el cheposo)

20Le cas de la Bretagne est quelque peu différent étant donné les spécificités recensées pour la langue bretonne. Quatre dialectes existent en effet, le trégorrois, le léonard, le cornouaillais et le vannetais. Sachant que le breton était parlé par la génération de nos parents, comment se fait-il que bon nombre de contes soient retranscrits en français et non en breton? Jean Vigneau, éditeur, souligne dans l’avant-propos de l’ouvrage d’Emile Souvestre 11, la rigueur de ce dernier et nous apporte un élément de réponse : « il se donna la peine d’écrire en breton tout, absolument tout ce qu’il avait noté sur place, et les récits que l’on va lire sont des traductions françaises de ses propres notations bretonnes 12 ».

21Fanch Postic nous rappelle, qu’au siècle dernier, lorsque les collecteurs recueillaient les contes et les légendes, ceux-ci les publiaient rarement en breton :

22« Finalement les documents que nous possédons aujourd’hui, sont souvent des traductions en français. Nous pouvons d’ailleurs supposer que la traduction au français, était parfois réalisée lors de la collecte elle-même, les collecteurs les notant directement en transposant en français 13 ».

23Emile Souvestre (1806-1896) a patiemment et scrupuleusement reproduit les paroles des réciteurs rencontrés entre 1830 et 1844 puis traduit en français « ses propres notations (lesquelles fixaient en breton les phrases mêmes des conteurs)14 ». Accusé par « ses détracteurs 15 » « d’avoir arrangé les récits qu’il a collectés16 » l’éditeur duFoyer Breton souligne l’intransigeante exactitude de Souvestre qui a su :« trouver les mots, les tours de phrases français qui correspondent poétiquement, mais exactement, au sens des mots bretons, des tours de phrases bretons 17 » ; « se faire les prisonniers de l’étau des paroles des conteurs, de l’étreinte du style populaire 18 ».

24François Marie Luzel (1821-1895) a collecté nombre de contes où il nous dit :

« Le collecteur ou l’éditeur, est nécessairement appelé à intervenir parfois, pour élaguer certains détails, ajouter par-ci par-là, un mot, une phrase complétive ou destinée à ménager une transition, ce dont les conteurs populaires se montrent ordinairement assez peu soucieux. C’est pour cela que sans jamais m’écarter bien sensiblement du texte breton, et en ayant toujours un respect absolu pour la fable, je n’ai pas cru devoir m’astreindre dans mas traductions à la fidélité qu’on serait en droit d’exiger pour un texte classique 19 ».

25François Cadic (1864-1929), explique dans l’introduction de Contes et Légendes de Bretagne publié en 1914 comment il a effectué son travail de collecte :

« Nombreux ont été les ouvriers qui m’ont aidé à rassembler ma gerbe. Je me suis adressé à quiconque pouvait m’être utile, aux petites gens et au besoin aux personnes de condition élevée. La paroisse bretonne rassemble de nombreux contes de son enfance 20 ».

26C’est ainsi que Souvestre, Luzel, Cadic ont puisé à l’abondante source des contes et des légendes racontées par le tailleur, la fileuse, le sabotier, le meunier, le berger, la servante, le valet de charrue, le mendiant, le laboureur, les filles de ferme, l’ouvrier agricole, l’artisan, le maître d’école du village, … tous gens du peuple qui se retrouvaient à la veillée ou lors des réunions de familles. Ils ont fait parvenir jusqu’à nous des contes qui constituent un ensemble d’une grande richesse thématique.

27Comment expliquer que dans nombre de contes certaines phrases épousent un style des plus littéraires.

« Nous habitions alors le hameau de Leschiagat où mon père était patron des douanes. Ma mère avait un frère, le frère Jean, marié, à Pont l’Abbé, chez lequel j’allais quelques fois passer les fêtes de Noël ou celles de Pâques, avec mes cousines 21 ».

28En dépit de la responsabilité affirmée des collecteurs à l’égard d’une reproduction à l’identique de la parole des conteurs, il semblerait que dans le cas de la Bretagne, le filtre de la traduction ait joué un rôle important. L’influence ainsi d’un écrit littéraire apparaît clairement. Si l’aspect sémantique a ainsi été probablement préservé dans son intégralité, la syntaxe et le vocable liés à une expression plus naturelle semblent avoir disparu au profit d’un registre plus révélateur d’une expression plus soutenue. Comme de nombreux conteurs, collecteurs ou écrivains l’affirment, bon nombre de collections créées étaient destinées à un public appartenant à un niveau de classe sociale élevée. Face à cet oubli officieux, les anthologies quel que soit le mode de retransmission nous permettent de découvrir ce registre si exploité jadis et révélateur de notre passé.

Conclusion

29« El hombre es un ser histórico, es decir un producto de su pasado 22. » Si dans la province de Valladolid, le conte est retranscrit dans sa version originale, le corpus représentatif de la Bretagne n’est pas révélateur de la parole des conteurs. Certes, la thématique est conservée, bien que la langue semble avoir été victime du filtre lié à la traduction et du désir de retranscription et d’interprétation du collecteur. Ce dernier a tendance à améliorer l’expression transmise afin de toucher un plus vaste public. Face à cette perte lexicale, les anthologies permettent aux nouvelles générations de découvrir le registre traditionnel et de le transmettre à nouveau. Ce fait a pour conséquence la création de nouvelles versions et représente ainsi un réel profit.

30Ainsi, la tradition orale et populaire reste vivante, mais nous ne savons pas dans quelle quantité, et si celle-ci est suffisante pour maintenir une tradition si importante et si riche. Grâce aux publications, aux anthologies, un répertoire sera maintenu. Grâce à l’éducation, celui-ci est enseigné et transmis. Le milieu éducatif a pris la relève. Les enfants ont ainsi la possibilité d’apprendre le monde traditionnel dans lequel vivaient leurs ancêtres, et de développer leur imagination. La tradition est connue des spécialistes – sans lesquels elle aurait probablement été réduite à l’anecdote – ou se transmet d’une façon spécialisée. Nous pouvons espérer que les nouvelles générations sauvegarderont ainsi ce qui a été fondé par leurs ancêtres à travers les siècles. Afin de conserver ce patrimoine exceptionnel, il est important de convaincre la population qu’il doit être préservé et qu’il représente en quelque sorte une part fondamentale, sinon le piédestal de notre culture. Les contes appartiennent au patrimoine de l’humanité. Ce sont les racines à partir desquelles nous avons construit notre présent. S’ils disparaissent, nous perdons une partie de notre mémoire.

« Una propiedad colectiva de esa envergura no puede desaparecer nunca ; son siglos de conocimientos locales o universales sobre cuya estructura se han construido vidas de individuos y familias 23. »

Bibliographie

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Velay-Vallantin C., L’histoire des contes, Fayard, Paris, 1992

Notes

1 Markale J., 1977, Contes populaires de toutes les Bretagne, Ouest-France, Rennes, 1977, p. 10.

2 « La tradition populaire se moque de la chronologie puisque, par essence même, elle est anachronique », Markale J., ibid., p. 14.

3 Tradition (du latin : ‘traditio’, de ‘tradere’ ; faire passer à un autre, transmettre, remettre). La tradition est le fait de transmettre de génération en génération.

4 Oral (du latin : ‘os’, ‘oris’ ; bouche, qui est émis par la bouche, qui se transmet par la parole).

5 Sebillot P., Le folk-lore : littérature orale et ethnographie traditionnelle, encyclopédie scientifique publiée sous la direction du Dr Toulouse, Octave Doin et fils Editeurs, Paris, 1913, p. 6.

6 Bouvier J.-C. et al., Tradition orale et identité culturelle –problèmes et méthodes-, Editions du CNRS, Paris, 1980, p. 7.

7 Sébillot P., Op. Cit. p. 20.

8 Velay-Vallantin C.,L’histoire des contes, Fayard, Paris, 1992, p. 12.

9 Espinosa A. M. (hijo), Cuentos populares de Castilla y León, Consejo Superior de Investigaciones Científicas, Madrid, Tomo I, 1987, p. 12.

10 Entrevue avec Joaquín Díaz, 1998.

11 Ouvrage publié en 1947.

12 Souvestre E., Le Foyer Breton, Ed. Jean Vigneau, 1947, p. 18.

13 Entrevue avec Fanch Postic, (juillet 1998).

14 Jean Vigneau, éditeur in Emile Souvestre, op. cit., p. 19.

15 Velay-Vallantin C., loc.cit.

16 Velay-Vallantin C.,loc.cit.

17 Jean Vigneau, éditeur in Emile Souvestre,op. cit., p. 18.

18 Jean Vigneau, éditeur in Emile Souvestre, loc. cit.

19 Luzel François-Marie, Préface de Contesbretons, p. 9.

20 Cadic F., Contes et Légendes de Bretagne, Maison du Peuple Breton, Tome I, 1914, page VIII.

21 Ce conte fait partie des contes collectés par Anatole le Bras dans La légende de la Mort. Il s’intitule L’intersigne du cadavre. Il a été conté par Marguerite Guerneur de Quimper.

22 Llobera J., R., La identidad de la antropología, Editorial Anagrama, Barcelona, 1990, p. 24.

23 Diaz J. et Chevalier M., Cuentos castellanos de tradición oral, Ediciones Ambito, Valladolid, 1983, p. 7.